«Il y a beaucoup de demeures dans la maison de mon père»

Quelques réflexions sur la gay pride (part 1).
Personnellement J'ADORE les grandes folles hystériques et les camionneuses revêches. J'aime leur côté subversif. J'aime le fait que sans se tromper, d'un seul coup d'oeil, le commun des mortels les identifie comme gay ou lesbienne. Ils se jouent des normes, ils se jouent des genres et ils veulent que ça se sache. Je me souviens avec respect du fait que devant le bar Stonewall Inn, à New York en 1969, ce sont les travelos qui ont réagi les premiers, qui sont montés au créneau sans avoir peur de filer leurs bas et qui ont balancé leur sac à main dans la tronche des policiers venus une fois de plus les emmerder dans leur boîte de Greenwich.
J'ai aussi du respect pour les "camionneuses", les "butch", les "drag-kings", qui sont obligées de défendre leur vision de la féminité à la fois contre les hommes et contre les femmes, qui veulent leur faire croire qu'avec leurs cheveux courts, leurs pantalons unisexe, leur tee-shirts aux manches roulées et leurs poings fourrés au fond de leurs poches, elles sont moins femmes que d'autres. J'aime aussi voir que la plus "féminine" de mes amies est lesbienne et qu'elle a la langue qui traîne au sol quand sa copine dite "masculine" roule des mécaniques dans son jeans 501 !
J'aime aussi me rendre compte qu'une autre de mes copines, qui est trans "homme vers femme", opérée depuis peu et lesbienne, sait se maquiller, elle, contrairement à moi, qui n'ai décidément pas plus le gène du maquillage que celui du repassage, malgré ce que nos politiciens les plus réacs tentent de me faire croire. (Et j'adore qu'elle me demande, lorsque exceptionnellement elle me voit en robe, si j'ai déjà commencé mon traitement hormonal ! Lol !)
Et deux de mes amies ont fait un bébé en Belgique récemment, mais c'est la plus "masculine" des deux qui porte l'enfant et pas la plus "féminine", qui n'a peut-être tout simplement pas "l'instinct maternel".
J'aime voir que la gay pride est une expression de la diversité du monde lesbien, gay, bi et trans. J'aime y voir des drag-queens exubérantes, parce que la fête et l'inversion des genres est une composante essentielle de la culture gay.
J'aime y voir des personnes transgenres, opérées ou non, sous traitement hormonal ou non, parce qu'elles nous rappellent que les genres masculin / féminin sont des créations culturelles et non une fatalité.
J'aime y voir des gens dans des trips SM, parce que certains et certaines d'entre nous mettent le sexe au centre de leurs préoccupations et font tourner leur vie exclusivement autour de ça.
J'aime y voir des lesbiennes séparatistes pas toujours très marrantes, serrées derrière des banderoles austères, parce qu'elles aussi, elles ont contribué à l'évolution des mentalités.
J'aime y voir des "Bears" poilus qui par leur tour de taille imposant font un pied de nez aux canons de minceur imposés par la force au sein même du milieu gay. J'aime aussi y voir des hétéros, intimidés, heureux, libérés.
J'aime y voir des personnes âgées, "vieux pédés" ou "vieilles goudous" qui se tiennent timidement la main, étonnés face à cette visibilité toute neuve et j'aime y voir des landaus, poussés par des personnes de même sexe, parce que nous avons des enfants et que nous ne sommes pas stériles et que si ces enfants voient ce spectacle surprenant, peut-être auront-ils la chance d'avoir l'esprit ouvert.
Bref : j'aime que nos différences soient une occasion de s'enrichir. Et je ne crois pas que ces gens flamboyants donnent «une mauvaise image de l'homosexualité», comme je l'entends souvent, parce que "les homos" c'est pas seulement deux garçons bien sous tous rapport à la voix grave et aux polos assortis sur le plateau de Delarue : c'est *aussi* tout le reste. Le beau symbole du drapeau arc-en-ciel peut être interprété comme la volonté de se montrer unis dans la diversité. C'est le fait d'être constamment étonnée et chamboulée dans mes certitudes qui fait que je ne m'ennuie pas dans ce "milieu".
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